La semaine dernière, j’ai croisé une amie avec ses enfants. Elle était tout sourire, accessible.
Je prends des nouvelles de son mari. Elle me dit qu’il est reparti en milouim depuis près d’un mois.
Je suis désolée pour elle. J’imagine que ça doit être dur de vivre la vie d’une mère célibataire quand on n’a rien demandé.
Comme beaucoup de femmes de soldats – de mamans aussi – elle fait face. On n’a pas le choix.
La conversation se poursuit, puis se termine. Et chacune retourne à sa vie.
Le lendemain, une alarme. C’est le retour de la azaka.
Un petit rappel que oui, on est bien en guerre.
On rouspète, parce qu’on était sous la douche, et que d’un coup, toute mouillée, on doit essayer de trouver une robe à enfiler avant d’aller retrouver nos voisins dans les escaliers.
Les dix minutes passent. On fait un Téhilim, on récite Mizmor leToda, et on peut retourner à nos vies.
La guerre s’invite sans prévenir, et repart sans s’excuser.
Mais qu’en est-il de nos pensées ? Et parfois même… de notre culpabilité ?
Un jour, tu te plains un peu trop. Le lendemain, tu ris un peu trop fort.
Un autre encore, tu chantes et tu danses, et puis d’un coup, tu penses :
A-t-on le droit de rire alors que d’autres sont encore otages ?
A-t-on le droit de danser quand des familles attendent des nouvelles de leurs enfants soldats partis nous protéger ?
A-t-on le droit de se plaindre qu’une réunion déborde sur notre pause déjeuner, alors qu’un otage revenu témoigne avoir résisté aux privations et aux humiliations pour ne pas transgresser la cacherout ?
Est-ce que je prie assez ? Est-ce que je pleure assez ?
Et parfois même, avons-nous pensé :
“Si sur ce point je n’avais pas transgressé… peut-être qu’Hachem aurait libéré un autre otage.”
Alors oui, c’est vrai :
« Kol Yisrael arevim ze bazé » – כל ישראל ערבים זה בזה
« Tout Israël est garant l’un de l’autre. »
(Talmud, Sanhédrin 27b)
Mais jusqu’à quel point ?
Est-ce qu’arrêter de vivre, de rire, de danser ramènera nos otages ?
Est-ce que se culpabiliser d’exister leur apportera du réconfort ?
Alors… quel est notre rôle à jouer ?
Qu’est-ce qu’Hachem attend de nous ?
Encore une fois, ma réponse n’est pas une vérité absolue, mais des éléments que j’essaie d’apporter, pour qu’on puisse avancer ensemble.
Il est écrit dans les Pirkei Avot :
« Lo alekha hamelakha ligmor… » – לא עליך המלאכה לגמור, ולא אתה בן חורין ליבטל ממנה
« Ce n’est pas à toi d’achever le travail, mais tu n’es pas libre de t’en détourner. »
(Pirké Avot 2:16)
Essayons de remettre Hachem au centre.
Je peux prier. Je peux faire des mitsvot. Je peux ajouter de la lumière.
Mais je ne peux pas me substituer à Lui.
Je ne suis pas Hachem. Je ne suis pas le sauveur du monde.
Je suis un maillon. Et ce que je peux faire, c’est continuer à vivre avec foi, à semer des graines de joie, de bien, de vérité.
Hachem ne nous demande pas de nous éteindre pour prouver notre loyauté.
Au contraire : il nous demande d’allumer des lumières dans l’obscurité.
« Me’at or do’he harbé ‘hoshekh » – מְעַט אוֹר דּוֹחֶה הַרְבֵּה מִן הַחֹשֶךְ
« Un peu de lumière repousse beaucoup d’obscurité. »
(Baal HaTanya)
Et si… ce que je pouvais faire pour mes frères captifs, c’était d’apporter de la joie ?
Et si je poussais l’interrupteur de la lumière, et que je repoussais celui des ténèbres ?
Concrètement, comment on fait ?
On multiplie les mitsvot, c’est sûr.
Mais chacun fait ce qu’il peut, avec amour ✨
C’est tout un peuple qui constitue un puzzle. J’en suis une pièce 🧩
Je ne suis pas l’image complète.
On ne se prive pas de vivre non plus.
Et si la culpabilité, la peur, la tristesse nous rattrapent… alors on essaye de transformer nos pensées.
Les rendre puissantes. Les rendre utiles.
Voici quelques exemples :
- Je m’imagine danser avec les otages à la venue du Machia’h 🕊️
- Je visualise leur sortie, leur retour
- J’efface les images qu’on a vues d’eux attachés, maltraités… et je les remplace par des images d’eux entourés de lumière, de Malakhim
- Je ris — et je leur dédie ce rire comme une onde d’espoir ✨
Et surtout…
Je veille à ce que ma bougie, ma flamme juive, reste allumée 🕯️
Parce qu’à travers les époques, c’est elle qui nous a guidés.
La lumière, ce n’est pas seulement l’espoir.
C’est aussi la résilience.
C’est la réponse douce et puissante d’un peuple qui, depuis toujours, choisit de se relever, de continuer à vivre, à aimer, à transmettre… même quand le monde vacille autour de lui.
Et si aujourd’hui, dans un monde secoué par l’incertitude, notre lumière personnelle devenait un repère pour d’autres ?
Et si, en gardant notre flamme vive, on éclairait un peu le chemin du retour ?
Celui de nos otages. Celui de la paix. Celui du Machia’h.
On ne sait pas combien de lumière il faut pour faire basculer l’histoire.
Mais on sait qu’aucune lumière n’est vaine.
Alors on allume.
Encore et encore.
Par amour. Par foi.
Par résilience.
Jusqu’à ce que la nuit cède ✨

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