Et si la Mlouhia m’avait parlé d’amour divin?

— Qu’est-ce que tu veux manger demain soir ?
— Je ne sais pas encore, maman… J’ai pas encore digéré la mlouhia que tu m’as faite trois fois cette semaine, parce que j’ai eu la lumineuse idée de te dire, à ton arrivée, que ça faisait longtemps que je n’en avais pas mangé. Classique.

Ah, l’amour d’une mère juive qui passe par l’huile et les marmites !
Et pourtant je ne meurs pas de faim !
D’ailleurs, je rassure tous les soirs mon père sur ce que j’ai mangé le midi.

Et oui.
Ça fait deux semaines que mes parents sont chez moi, et j’avoue qu’avec mes habitudes de vieille fille, j’avais un peu oublié ce que c’était d’avoir quelqu’un qui s’inquiète en permanence pour soi.

Tu as mangé ?
Tu as besoin de quelque chose ?
À quoi tu penses ?
Tu nous dis si tu as un souci, hein ?
Tu n’hésites pas. On est là.

Ah, que j’aime mes parents.
Merci Hachem de me les garder auprès de moi, et de me donner cette chance d’avoir des parents si aimants.

Je sais que ce n’est pas donné à tout le monde :
Non seulement d’avoir des parents en or, mais aussi d’avoir des parents en vie…
Et plus je vieillis, plus je m’en rends compte.

Et je T’en suis d’autant plus reconnaissante.
Car de les voir s’inquiéter comme ça pour moi au quotidien, je prends conscience de comment Toi, Hachem, qui ne dors jamais, qui veilles…
Tu t’inquiètes pour moi, pour nous, à chaque instant.

Je suis Ta fille.
Et Tu veilles sur moi.

Et au-delà de ce sentiment d’amour qui m’envahit, je me prends à imaginer :

Si eux, mes parents faits de chair et de sang, sont capables d’une telle tendresse, de tant d’efforts…
S’ils veulent tant que je sois à l’abri, ou m’aider quand je n’en ai même pas besoin…
S’ils seraient capables de sacrifier leur vie pour mes sœurs ou pour moi…

Alors Toi ?
Toi, qui es Infini…
Qu’est-ce que Tu serais prêt à faire pour moi ?
Qu’est-ce que Tu fais déjà, sans que je m’en rende compte ?

Est-ce possible d’imaginer le degré d’amour ou d’inquiétude (אכפתיות) que Tu as pour moi ???

Et…

Quand je vois ma mère lever les yeux au ciel ou rouspéter car une de mes sœurs l’a un peu énervée (souvent pour un tupperware qui n’a pas été rapporté, ou — comble du crime — qui a été jeté)…
Mais que 5 minutes après, je la vois de nouveau s’inquiéter avec la même intensité, car après tout, ça lui fait de la peine…

Est-ce que je peux douter de l’amour et de la miséricorde d’Hachem ?

Si l’amour humain peut se remettre aussi vite d’un agacement…
Combien plus l’Amour divin est capable de pardonner, de réparer, de continuer d’aimer, encore et toujours.

Et bien que la cohabitation ne soit pas toujours facile —
Parce que je suis habituée à ma solitude et à mon quotidien,
Parce qu’un peu comme tout le monde, je suis parfois une enfant ingrate même malgré moi,
Et que j’étouffe de tant de sollicitations,
Parce que c’est toujours avec les personnes proches qu’on se permet le plus de montrer nos travers…

Vous ne pouvez pas imaginer comment voir cela, et me poser cette question en ce moment, me fait du bien.
Surtout en ce moment.

Parce qu’on ne se connaît qu’à travers mes écrits,
Mais laisse-moi te dire qu’en ce moment, c’est un peu compliqué :
Zivoug, Parnassa, Travail, Voiture…
Il y en a pour quasi tous les goûts et tous les thèmes.

Une slata meuchouia d’épreuves…

…Ou, pour les nostalgiques de notre enfance :
J’ai l’impression d’être la marmotte du jeu du marteau.
À chaque fois que je sors la tête… bim.

Hachem, je T’en prie, STOP.
Je suis Ta fille, pas un stand de fête foraine.

Mais trêve de plaisanterie.

Si, depuis 2 semaines que mes parents sont là, je ne peux que constater que :

Mon frigidaire déborde,

Le volet cassé depuis 1 an a été réparé,

Le linge est lavé et plié sans que je n’aie rien demandé,

Et que chacun de mes besoins est comblé avant même que j’aie eu le temps de l’exprimer…

Alors il est clair que tout ce que je vis en ce moment, aussi difficile ou décoiffant soit-il, n’est que passager.

Et si toi aussi tu traverses cette zone floue…
Cette attente silencieuse…
Où tes appels à Hachem ressemblent à un appel à la Sécurité sociale,
Avec les melahim qui te disent « ne quittez pas, nous allons prendre votre appel »,
Sur fond des 4 Saisons de Vivaldi…

Si toi aussi tu traverses des vents, des bourrasques, des tempêtes…
Que tu prends des vagues et que tu ne sais plus d’où souffle le vent…

Accroche-toi.

Pense à tes parents.
À leurs gestes. Leur amour.
Pense à tes enfants.
À ce que tu serais prête à faire pour eux.

Et rappelle-toi :
Tu es une fille de Roi.
Et Il veille.

Et si jamais tu as encore besoin d’un dernier souffle pour traverser la tempête…
Alors viens, chante avec moi à tue-tête :

Tiens bon le vent et tiens bon la mer…
HISSEZ HAUUUUT…
SANTIANOOOOO !

Parce qu’au fond, même quand tout tangue…
Hachem tient la barre.

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