Tie Guever – Leh lechalem

À l’heure où les rôles se sont perdus,
où on se demande souvent quelle est la limite entre la michtomanie et la galanterie,
où on a peur de ne pas rentrer dans les cases…
je vais vous raconter une petite péripétie, à la façon Bat Meleh en devenir.


À cette époque, j’étais en couple depuis un peu plus d’un mois avec un très gentil garçon.
On s’entendait bien, mais je ne sais pas pourquoi, avec lui, je n’osais jamais commander autre chose que le verre autorisé quand il m’invitait à sortir.


Était-ce la peur de découvrir que l’homme en face de moi était un radin ?
Était-ce parce que j’étais perdue entre toutes ces règles ?

Ma grand-mère disait :

« Une femme ne doit jamais sortir son portefeuille. »
Ou encore :
« Prendre les devants et payer, c’est émasculer un homme. »

Était-ce également parce que j’en avais marre qu’on nous rabâche les oreilles avec les stéréotypes des années 2010/2020 ?

« Les femmes sont des michtos ! Elles ne s’intéressent qu’au porte-monnaie. »

Ou était-ce aussi parce que je n’avais pas envie qu’il me voie manger ?
(Parce que de nature, je ne me contenterais pas d’une moitié de salade, hein.)


Toujours est-il que, bien que je l’envisageais comme futur mari, à cet instant-là… je n’osais pas.


Un soir, après m’être pomponnée et apprêtée comme il se doit —
au moins une heure devant mon miroir —
nous étions sortis boire un verre.

La serveuse nous demande :

« Mashu le’echol ? » (Quelque chose à manger ?)

Le regard du jeune homme se tourne vers moi, naturel, en attendant mon verdict.
Mais bien que mon estomac criait famine, ma bouche — cette traîtresse — dit :

« Non merci, je n’ai pas faim ! »


La soirée était agréable. On avait parlé, rigolé, puis il me raccompagna chez moi.
(Oui, on pourra s’interroger une prochaine fois sur pourquoi c’est toujours les hommes qui conduisent ! 😅)


Mais voilà.
Arrivée en bas de chez moi, j’attendis que la voiture s’éloigne,
feignant de chercher mes clés dans mon sac…

Puis une fois seule, je me transforme en Catwoman,
pour filer tout droit, et en toute discrétion, vers mon prochain cambriolage :
le fast-food du coin, auquel j’ai pensé toute la soirée.

Pour m’offrir un bon tacos et des frites de patates douces.


Fière de mon larcin, je me délectais de mon sandwich du péché 😋
quand soudain, j’assiste à une scène qui me laisse coi.


Au fond du restaurant fast-food,
un jeune couple était en train de manger.
Jusque-là, rien d’exceptionnel.

Mais… c’était un couple pas du tout apprêté.

Je n’aime pas, d’habitude, porter de jugement sur le physique —
mais ça fait partie des détails qui rendent cette histoire encore plus cocasse. 😬

La jeune fille bien portante (même bien plus que moi, qui avais déjà un problème avec ça)
était en jogging pas très frais, cheveux gras relevés en chignon.

Le jeune homme aussi était en jogging.
Aucun des deux ne semblait gêné.


Bref, ils mangeaient, je mangeais…
quand soudain j’entendis la jeune femme prononcer très fort cette phrase :

« Leh lechalem, Tie Guever ! »
(Va payer, sois un homme.)


Quelque chose fit grand fracas en moi.


Quoi ? Comment ?
Elle a osé lui dire ça ?
Alors qu’elle ne s’est même pas faite belle pour le voir ?
Elle a osé lui dire ça alors qu’elle a mangé plus que lui, plus que MOI ?
Elle a osé lui dire ça, tout court ???


Et moi ?
Je me retrouvais là, à minuit, bien habillée et pomponnée,
en after de ma première soirée,
à manger en cachette
car je n’avais pas osé commander devant l’homme avec qui je sortais dans l’optique de me marier ?

Les comptes ne sont pas bons, Kévin. 😅


Pendant que je regardais mon tacos entre quatre yeux, je me suis demandé :

Peut-être que cette femme, que je trouvais moins féminine que moi ce soir-là, était en fait bien plus femme que moi.


Parce qu’elle a osé exprimer ses besoins.
Parce qu’elle n’a pas eu peur de dire ce qu’elle voulait.
Parce qu’elle n’a pas joué un rôle pour plaire.


Peut-être que la vraie féminité,
ce n’est pas de se faire belle à en pleurer,
de croiser les jambes avec grâce,
ou de commander une salade sans sauce.

Peut-être que la vraie féminité,
c’est avoir assez de sécurité intérieure pour dire « j’ai faim ».
C’est ne pas s’effacer pour plaire.
C’est être soi, même avec du ketchup sur les doigts. 🍟❤️


Et moi ?
Est-ce que je vais passer ma vie maritale à manger en cachette ?
À commander la chose la moins chère de la carte pour ne pas être une charge ?
À faire semblant d’être quelqu’un d’autre,
de peur qu’il ne signe pas… ou qu’il change d’avis ?


Je ne vais pas vous dire si c’est au garçon ou à la fille de payer.
Chacun ses choix, chacun ce qui lui convient.
Il n’y a plus de règles.


Bien que, pour ma part,
je considère que ça fait toujours plaisir d’être invitée —
d’autant plus au début d’une relation.
Nous, les femmes,
on donne bien d’autres choses sur la durée. 💫


Mais une chose que je peux vous dire :

Ne vivez pas pour les cases.
Ne trahissez pas vos besoins.
N’ayez pas peur de prendre votre place.
Et respectez vos envies. ✨


Et si, finalement, être une Bat Meleh,
c’était oser croquer dans la vie comme dans un tacos, sans s’excuser ? 🌮👑


Car peut-être que pour pouvoir dire
« Tie Guever, leh leshalem, »
il faut d’abord savoir se dire :

« Tiye Isha, tagidi ma she’at rotsa. » 💗

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