Réflexions post-Seder sur nos attentes, nos délivrances et notre foi au féminin
Après des semaines de ménage et de cuisine, Pessah a commencé.
Le soir du Seder est fini, et tous les invités sont repartis avec leurs tupperwares. Les restes seront mangés dans la semaine.
On vide le plateau du Seder, et on range la 5e coupe.
Eliyahou Hanavi n’est officiellement pas venu nous annoncer l’arrivée du Machia’h.
Un Seder de plus où il n’est pas là.
Pessah est le symbole de la libération. Et depuis le corona, je fais partie de ceux qui attendent ce soir-là pour espérer, même en silence.
Espérer être surpris par le Choffar pendant qu’on chante Ma Nichtana.
Se demander : est-ce qu’Eliyahou Hanavi passera la porte ce soir et boira la 5e coupe ?
Serons-nous libérées de notre nouvelle Égypte aujourd’hui ?
De ce crédit sur 6 mois pour payer les boîtes de papouchkado ?
De cette recherche d’emploi qui n’en finit pas ?
De ce mari pas très gentil mais qui s’adoucira forcément dans le Olam Aba ?
De ces enfants qui ont des difficultés à l’école ?
De ce travail qu’on a, mais qu’on aimerait arrêter ?
De ces dettes contractées ?
De ce loyer à payer ?
De ces agressions antisémites ?
De cette guerre qui monopolise nos soldats, qui aimeraient sûrement rentrer chez eux ?
Du Hamas qui retient encore nos otages ?
On a toutes nos raisons de vouloir être libérées — et encore plus depuis le 7 octobre.
On a mille raisons de se sentir assaillies face à nos défis du quotidien, face à nos tikounim, au final.
Et pourtant… cette question, elle traverse toutes les générations.
“בכל דור ודור חייב אדם לראות את עצמו כאילו הוא יצא ממצרים.”
Dans chaque génération, chacun doit se considérer comme s’il était lui-même sorti d’Égypte.
(Haggadah de Pessa’h)
Et si cette Mitsrayim-là n’était pas seulement une époque ou un lieu ?
Et si elle était aussi ce qu’on traverse aujourd’hui — en 5785 — avec nos valises pleines, nos silences, nos manques, nos prières ?
Prier pour Machia’h, serait-ce une façon de se substituer à ces épreuves qu’Hachem nous envoie pour grandir ?
Prier pour l’arrivée du Machia’h pour avoir une vie plus douce, pour mettre fin aux épreuves et à la peine, ce n’est pas aussi supposer qu’Hachem ne peut nous libérer que dans le Olam Aba et pas aussi ici, aujourd’hui, dans notre monde et dans nos vies ?
Alors quoi ?
On ne prie plus pour l’arrivée de Machia’h ?
On ne prie plus pour être délivrées ?
Si, bien sûr que si. On prie chaque jour un peu plus fort.
Parce que chaque jour nous rapproche de cet instant où le Royaume d’Hachem sera dévoilé. Où Hachem sera dévoilé au vu et au su de tous.
On prie, car ce serait un zékhout immense de pouvoir voir ça de nos propres yeux.
On prie, car on a toutes un rôle à jouer.
Et pour notre quotidien ?
Pour nos défis, nos tikounim, nos fichus problèmes (parce que soyons honnêtes, on n’a pas toutes — et pas toujours — la faculté de voir ce prêt qu’on n’en finit plus de payer, ce frigo vide, ces galères de couple ou de célibat comme une main tendue d’Hachem pour nous faire grandir) ?
Eh bien, pour eux aussi, on prie.
On prie qu’Hachem nous donne la force, dans ce présent, dans ce monde, de les surmonter.
Qu’Il nous donne la force de les prendre avec joie et avec Emouna. Et que, finalement, on en vienne à bout.
Qu’Hachem nous aide à sortir de notre Égypte personnelle : de la peur, de l’angoisse, du manque, de la solitude, du doute.
“פתחו לי פתח כחודו של מחט, ואני אפתח לכם פתח כפתחו של אולם.”
Ouvrez-Moi une ouverture de la taille d’une aiguille, et Moi, Je vous ouvrirai une ouverture large comme celle d’un palais.
(Shir HaShirim Rabbah 5:2)
Parce que Pessa’h, ce n’est pas qu’un souvenir.
C’est une invitation, chaque année, à sortir de nos Mitsrayim — celles qui nous paralysent, nous empêchent d’aimer, de créer, de croire.
Et chaque prière, chaque geste de foi dans l’ombre, est déjà une petite sortie.
Et peut-être que le secret est là : Machia’h viendra, oui.
Mais en attendant, nous pouvons choisir d’allumer une lumière dans notre galout intérieur.
De devenir, chacune à notre manière, un petit pas vers la Guéoula du monde.
“בזכות נשים צדקניות נגאלו ישראל ממצרים, ובזכותן עתידין להיגאל.”
C’est par le mérite des femmes vertueuses qu’Israël a été délivré d’Égypte, et c’est par leur mérite qu’il le sera à nouveau.
(Sota 11b)
Alors mesdames, prenons nos tambourins et dansons.
Dansons et chantons comme si Machia’h était déjà là.
Dansons avec Emouna face à tous nos défis du quotidien — et amenons notre Guéoula.
Parce que la Guéoula commence peut-être là où une femme choisit de danser avec foi.

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